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Procès du putsch manqué : « La seule façon pour nous de nous en sortir est de rester militaire », Commandant Abdoul Aziz Koro

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Putsch du Conseil National pour la Démocratie • • mardi 6 novembre 2018 à 10h30min
Procès du putsch manqué : « La seule façon pour nous de nous en sortir est de rester militaire », Commandant Abdoul Aziz Koro

Le commandant Abdoul Aziz Korogo, Chef de corps adjoint de l’ex-Régiment de sécurité présidentiel (RSP) est accusé de complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires. Celui-là même qui assurait l’intérim du Chef de corps de ce corps d’élite de l’armée burkinabè au moment des faits plaide non coupable. A la barre ce lundi 5 novembre 2018, il a laissé entendre qu’il voulait démissionner lorsque le putsch a été perpétré, mais est finalement resté à la demande de la hiérarchie militaire.

Plusieurs fois cité par les militaires (officiers) qui sont passés à la barre du Tribunal militaire, le tour du Commandant Korogo est enfin arrivé. Premier des cinq accusés de cette quinzième et dernière liste, l’ex-RSP a détaillé au millimètre près ce qu’il a fait le 16 septembre 2015 et jours suivants. Celui-là même qui a dirigé pendant cinq ans l’unité de lutte anti-terroriste a reçu un appel du Général Gilbert Diendéré dans l’après-midi du 16 septembre, lui demandant de venir chez lui à la maison à Koulouba. En chemin vers l’ASECNA, il reçoit encore un autre coup de file de ce dernier lui disant de faire demi-tour, d’aller l’attendre au camp Naaba Koom II et de sonner le rassemblement des officiers.

Ne comprenant pas ce qui se passait, il appelle le lieutenant Dianda et le lieutenant Gorgo pour comprendre. Mais rien de plus. Bien avant ces appels il a été joint au téléphone par le Colonel-major Boureima Kéré, Chef d’état-major particulier de la Présidence pour savoir ce qui se passait au corps. Par la suite le Chef d’état-major de l’armée de terre dont relevait le RSP. C’est en ce moment que l’accusé dit avoir compris qu’il y’avait quelque chose de grave qui se tramait, mais ne se doutait de rien. De retour au camp il comprit que le Conseil des ministres a été perturbé par ses hommes.

Pendant qu’il tentait de préciser l’information, le Général Diendéré est arrivé. Les hommes qui l’accompagnaient ont mis un cordon sécuritaire, ce qui était bizarre puisque le camp lui-même est dans un périmètre sécurisé. Par la suite, le Général accompagné d’un homme en arme (le Caporal Dah Sami), entre dans le bureau dans lequel l’accusé et des officiers se trouvaient. Après avoir présenté ses excuses aux officiers pour avoir mené l’action sans leur piper mot, le Général a demandé leur soutien. Sur ces paroles le Commandant demande à son interlocuteur ce que dit la hiérarchie militaire. Le Général laisse entendre qu’il doit rencontrer cette hiérarchie au ministère de la Défense, avant de quitter la salle.

Après plusieurs va et vient de ce dernier, il ressort que la hiérarchie demande la libération des otages. C’est à ce moment que l’accusé à la barre dit avoir compris la gravité de la chose. Entre temps seul avec ses officiers, le Commandant Korogo fait une mise en garde en ces termes : « la seule façon pour nous de nous en sortir est de rester militaire ». C’est-à-dire se conformer aux seuls ordres militaires que lui Korogo viendrait à donner et de ne pas se mêler de ce qui est politique. Chose que ses hommes ont semblé comprendre d’autant plus qu’ils étaient aussi choqué que lui.

Nous sommes toujours dans la soirée du 16 septembre 2015 et tout était grave à en croire l’accusé. C’est dans cette confusion que le Chef de corps par intérim a joint son promotionnaire, le lieutenant-colonel Damiba pour lui faire part de sa volonté de démissionner de son poste en raison de la gravité des évènements. Il eut la même communication avec le Capitaine Abdoulaye Dao qui était en mission à Bobo-Dioulasso. Ses deux interlocuteurs lui ont dit de ne pas démissionner pour le moment mais de faire attention. Tard dans la nuit, le Général revient l’informer que la hiérarchie venait rencontrer les hommes.

Il s’agissait en fait de l’équipe de médiation composée entre autres de l’ancien Président Jean Baptiste Ouédraogo et de Monseigneur Paul Ouédraogo. « Vous n’êtes pas au courant de ce qui se passe, donc je demande que personne n’intervienne », a donné comme consigne à ses officiers le Commandant. En ce sens que les médiateurs venaient négocier avec les preneurs d’otages alors qu’eux ne savaient même les tenants et les aboutissants de cette affaire. Pendant qu’il donnait ces consignes, le Capitaine Dao et le Capitaine Zoumbri n’étaient pas présents. Le message des sages était de libérer les otages. N’ayant pas pu obtenir cela, les médiateurs ont rebroussé chemin.

Dans la journée du 17 septembre, après lecture de la déclaration du CND, le Commandant Korogo dit avoir eu un échange téléphonique avec le Secrétaire général du ministère de la Défense. Il lui a fait cas de sa volonté de démissionner tout en se démarquant de cette histoire. La consigne était de rester pour aider à sortir de cette crise. L’accusé a informé ses officiers de ce que la hiérarchie attendait d’eux et ils ont décidé de rester pour aider à calmer les choses de l’intérieur.

Pour le Commandant Abdoul Aziz Korogo, c’est donc sur instruction de la hiérarchie militaire à laquelle il rendait compte que lui et ses officiers sont restés. A chaque fois qu’il était nécessaire, il rendait compte à cette hiérarchie, notamment au Chef d’état-major de l’armée de terre. Il reconnait avoir envoyé le Lieutenant Zagré à la frontière du Togo, à la place de la Nation et à la poudrière de Yimdi sur instruction du Colonel major Kéré, lui-même instruit par le Général Diendéré. L’accusé dit avoir agi en bon militaire.

Aussi, pour avoir voulu faciliter le désarmement par exemple, le Commandant dit avoir été menacé par un de ses hommes en l’occurrence le Soldat Amado Zongo en ces termes : « mon Commandant, si vous ne quittez pas, je vais tirer ». Et lui de répliquer : « Si tu tires, tu as intérêt à ne pas me rater, sinon moi je ne vais pas te rater ». Un dialogue selon l’accusé qui montre comment les choses étaient tendues. « Ce n’est pas une fierté pour un chef militaire de dire qu’il est menacé par ses hommes », regrette-t-il.

L’interrogatoire de l’accusé se poursuivra ce mardi 6 novembre 2018 à partir de 9h.

Marcus Kouaman
(kmagju@gmail.com)
Lefaso.net

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