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Christiane Coulibaly, PDG « Tensya Guampri » à Toussiana : Une amazone dans la transformation de la mangue

Accueil > Actualités > Portraits • • mercredi 23 mai 2018 à 23h48min
Christiane Coulibaly, PDG « Tensya Guampri » à Toussiana : Une amazone dans la transformation de la mangue

« Tensya Guampri ». C’est le nom de l’entreprise de Christiane Coulibaly, située à 450 km de la capitale politique et à une cinquantaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso, la capitale économique. « Tensya Guampri » se veut une combinaison ... : « Tensya » (en langue locale Toussian) qui signifie entraide et « Guampri », le nom de son père. Une façon aussi de rendre hommage à son défunt père. En cette matinée de fin avril 2018, Christiane Coulibaly, la présidente-directrice générale (PDG) de l’entreprise, forme avec l’ensemble de son personnel en service, une belle ambiance au milieu de la cour de l’entreprise. Tensya Guampri, c’est une entreprise forte de plus de 850 employés et plusieurs millions de FCFA reversés chaque année à l’Etat au titre des taxes.

« Tensya Guampri » est le fruit d’un choc de difficultés, dira-t-on. Comme quoi, à la base des grandes réussites, se trouve une sorte de vengeance sur des difficultés rencontrées à un moment de la vie.

C’est en 1996 que Mme Coulibaly a véritablement marqué ses premiers pas dans le monde de l’entreprenariat. Bien avant, elle a évolué, en tant qu’animatrice, dans la vie associative à travers une organisation locale à Toussiana. « J’avais des difficultés dans ma vie et le problème financier était tellement crucial qu’à un moment donné, je me suis dit : est-ce que je n’allais pas chercher à faire quelque chose pour avoir mon autonomie financière, plutôt que d’aller à chaque fois voir mon mari pour lui dire de me donner ceci ou cela. C’est ainsi que j’ai commencé progressivement par de petites activités. A un moment donné, j’ai recruté deux personnes, ensuite cinq…Aujourd’hui, nous sommes autour de 850 personnes », remonte Christiane Coulibaly.

La PDG, devisant avec le maire de Toussiana, Siaka Ouattara, celui-là même qui nous a introduits (en costume) et l’ancien maire de la commune.

« Mais, au tout début, on avait notre fédération à Ouahigouya : le groupement naam. En réalité, c’est à Ouahigouya que j’ai vu pour la première fois la mangue séchée. Là-bas, j’étais chargée de préparer les récoltes pour les femmes et après, je me suis dit : si quelqu’un peut quitter Ouahigouya pour venir prendre la mangue ici (Toussiana, ndlr) pour aller la transformer, pourquoi moi, qui suis sous les arbres, ne pourrai pas faire la même chose ? », explique la PDG, Christiane Coulibaly. Une longue marche caractérisée par des difficultés. Elle se souvient avoir emprunté 25 000 FCFA à sa maman. Elle s’est ensuite rendue auprès d’une structure suisse à Ouagadougou pour solliciter un coup de main par rapport à son activité.

Le dispositif de l’entreprise est très impressionnant

« Mais ils m’ont dit que mon activité n’entrait pas dans leur domaine. Les responsables m’ont cependant orienté vers des acteurs appropriés. (…). Puis, j’ai commencé avec les séchoirs coquillages où j’y ai fait la main avant d’avoir les séchoirs à gaz. J’ai ensuite acquis deux séchoirs à gaz. Puis trois, quatre, cinq… A partir de là, c’était la révolution. Après deux ans de travail avec cinq séchoirs attestas, j’ai pu construire un premier bâtiment où j’y ai mis dix attestas et deux ans après, un deuxième bâtiment avec 18 attestas. Deux ans après ce dernier, je suis revenue sur ce site avec 22 attestas et neuf tunnels. Aujourd’hui, j’ai douze tunnels plus 64 attestas améliorés », dévoile la patronne de Tensya Guampri.

Plain-pied dans le dispositif de l’entreprise !

Les activités de l’entreprise Tensya Guampri sont posées sur une organisation qui prend en compte tous les échelons de la production ; ce qui permet de s’assurer de la qualité de mangue mise à la disposition du consommateur. Ainsi, à la base, des groupements de producteurs sont identifiés, organisés et suivis. Ils reçoivent des certifications d’exploitation des vergers. Ici, l’on se rassure par exemple que le producteur ne fait pas usage de pesticides et qu’à cet effet, les espaces de production sont épargnés de tout contact avec ce type de produits.

Mieux, pour maintenir cette rigueur, chaque producteur-client de l’entreprise est doté d’un code qui suit sa production jusqu’au produit final ; ce qui permet à tout moment de retrouver l’auteur, en cas de besoin. « En réalité, c’était au producteur de payer la certification pour vendre sa mangue, mais c’est plutôt nous qui payons la certification pour pouvoir nous assurer de la qualité des produits. Donc, l’entreprise est présente dès le début. Ensuite, elle suit la récolte jusqu’à l’usine. Chaque tas de mangues est accompagné d’un code (appelé code-producteur) qui va suivre le produit jusqu’au consommateur final (ce qui garantit la sécurité et la qualité) », relate-t-elle.

Quand la mangue arrive des vergers, elle est déshydratée. Elle est ensuite quantifiée (il y a une quantité à faire murir par jour) puis conduite à l’espace de séparément (mangue verte, mangue mure et mangue séchée) avant d’être introduite dans le circuit de séchage (passage dans le four), la phase de décrassage et la mise dans des sachets de 100 g, 200 g, 1 kg et 2, 6 k.

Au plan national, le circuit de commercialisation consiste en des dépôts auprès de supermarchés et autres points de vente. Depuis 2017, sa fille a organisé une représentation à Ouagadougou pour faire office de grossiste. Même si le marché national fonctionne à perte, la PDG y tient, car c’est, pour elle, non seulement un acte patriotique, mais également pour faire connaître aux Burkinabè, ce que le Burkina a aussi de meilleur. La transformation de la mangue est un travail de longue haleine, très exigeante.
De la production à l’exportation/mise sur marché en passant par le conditionnement et la phase de cuisson. Un tour de l’unité avec le maître des lieux, Mohamed Zerbo, responsable contrôle qualité, a permis de mesurer l’ampleur du travail et de toucher du doigt ce qui se fait dans cette contrée du pays et dont les produits sont plus connus dans les pays européens qu’au Burkina.

Les Pays-Bas, l’Angleterre et la Suisse, premières destinations !

Ici, le responsable contrôle qualité, Mohamed Zerbo, après avoir arpenté les différentes étapes de production, brandit le produit fini.

A ce jour, la capacité de production de Tensya Guampri est de 250 tonnes par an et cette année, l’objectif, c’est 275 tonnes (soient environ 7 500 tonnes de mangue fraîche). La production se fait sur la durée de la traite de mangue (environ quatre mois).

« On est plus présent à l’international, parce que les quantités vendues à l’interne est infirme, ça ne peut pas faire fonctionner les unités. Mais quand on arrive à écouler à l’international, ça comble la perte sur le marché national. On aimerait quand même que dans notre pays, les gens sachent ce qu’on fait et qu’ils prennent aussi plaisir à consommer nos produits locaux. C’est bien que nous aussi, nous consommons ce que nous produisons », a-t-elle expliqué, précisant que les produits sont très prisés en Angleterre (qui fait office de grand consommateur), Allemagne, Hollande, France et en Suisse. « Nous nous sommes spécialisés dans la production, il y en a qui sont spécialisés dans l’exportation. Cette année, nous sommes en train de nous lancer à la fois dans la production et l’exportation », confie Mme Coulibaly.

Les règles d’hygiène strictement observées

Au Burkina, les produits de Tensya Guampri sont acquérables à l’alimentation Surface, Marina Market, une représentation à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso avec ABC Markets, les stations Total et Shell.

Malgré son effectif, la taille de son entreprise, Christiane Coulibaly reste modeste. Au-delà de l’esprit de l’entreprise, Tensya Gampri est un esprit de famille. C’est bien l’ambiance qui se laisse voir, dès qu’on franchit la porte de cette entreprise sise partie nord-ouest du chef-lieu de Toussiana, à quelques encâblures de la route nationale 7 (RN7 qui conduit à la frontière ivoirienne). « Pour la gestion, c’est un don de Dieu. Quand tu aimes un métier et que tu t’y mets, Dieu te montre les paramètres pour que ça fonctionne bien. Sinon, moi, je n’ai que le niveau CEP, mais je travaille ici avec des gens qui ont la maîtrise et tout se passe à merveilles », indique-t-elle modestement. Plus que le gain pécuniaire, c’est l’expression d’épanouissement de ces centaines d’employés, dont la grande partie constituée de femmes, qui semble encore faire la fierté de la PDG de l’entreprise.

« C’est tout mon bonheur comme cela. J’ai souffert pour avoir mon autonomie et je suis contente de pouvoir partager cela aujourd’hui avec d’autres femmes. Pendant les vacances, et ce, depuis deux ou trois ans, on dégage la place pour au moins 300 élèves qui travaillent afin de pouvoir payer leur scolarité. Cette année, on va offrir la place à environ 500 élèves », confie la patronne.

En dépit des difficultés..., l’avenir en grand !

Réception de la mangue dans l’imposante cour de l’entreprise

Comme nombre d’entrepreneurs, Christiane Coulibaly exhorte l’Etat à créer les conditions d’un épanouissement réel des entreprises. Cela est important car, c’est un secteur à la fois pourvoyeur d’emplois et de ressources pour les caisses de l’Etat. « L’Etat fait déjà un grand effort. Mais nous souhaitons qu’il fasse encore plus pour aider les entreprises à créer de la richesse au profit de tous les Burkinabè », lance la PDG.
C’est pourquoi demande-t-elle au gouvernement d’avoir un peu l’œil sur le secteur privé. « Il n’y a que ce secteur qui peut booster le développement ; les associations et groupements étant les lieux de formation. Si l’Etat veillait sur le privé, les gens allaient être fiers de payer leur impôt et de contribuer à la construction", suggère Christiane Coulibaly.

Elle déplore également que les banques classiques ne jouent pas pleinement leur rôle pour accompagner les entreprises dans un contexte où la « banque agricole » n’est pas encore opérationnelle (à la date de réalisation de cet article). Ce qui ne rend pas service à l’entreprenariat au Burkina.

En plus du coût élevé de l’électricité au Burkina, le manque de chambre froide pour conserver la mangue (ce qui aurait permis de produire sur toute l’année sans interruption) allongent la liste des préoccupations. Aujourd’hui, 50% de mangue se perd sous les manguiers.

Malgré cela, Tensia Gampri tient le cap. Les années à venir, c’est non seulement le nectar de mangue, mais également la diversification avec la production de la noix de cajou ; une ramification de l’entreprise.

Contacts entreprise Tensia Gampri :
Téléphone : (00226) 76 64 48 14/72 50 96 64
E-mail : tensya.mangue@yahoo.fr

O.L
Lefaso.net

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