Drogue : « Au Burkina, c’est la folie ou la mort », prévient Ousséni Touré

lundi 12 mars 2018 à 23h48min

La drogue continue de gâcher des vies si jeunes et prometteuses. Longtemps pays de transit, le Burkina est devenu consommateur de ces produits qui donnent l’illusion aux adeptes de se sentir bien quelques temps, mais qui va cauchemarder le restant de la vie. L’ONG Sagle Taaba qui fait de la lutte contre les stupéfiants son cheval de bataille, était face à la presse le 9 mars 2018 à Ouagadougou. L’organisation ira en croisade au mois d’avril dans les établissements de trois villes pour parler aux jeunes. Vaut mieux ne jamais essayer, par suivisme ou par mode. Au Burkina Faso où le plateau médico technique de prise en charge des toxicomanes est très faible, c’est la folie ou la mort garantie.

Drogue : « Au Burkina, c’est la folie ou la mort », prévient Ousséni Touré

Sous le prétexte de lutter contre les dures réalités, les multiples échecs, par mimétisme ou par effet de mode, des jeunes entrent dans le cercle infernal de consommation de stupéfiants ou autres produits dangereux aisément accessibles sur les établis des marchés ou à proximité des établissements d’enseignement.
Drogue, alcool, tabac ou médicaments de rue sont devenus de véritables fléaux qui menacent la société en provoquant une dépendance physique, psychique, extrêmement douloureuse à surmonter et entrainent une rapide dégradation de la santé et de la sociabilité chez les usagers.

« Les études menées par nos structures montrent une recrudescence de la consommation de toutes sortes de drogues et de nombreux produits apparentés dans les écoles et centres de formation du Burkina, sur les sites d’orpaillage et dans les quartiers populaires des grandes villes », explique Ousséni Touré, fondateur et administrateur général de l’ONG Sagle Taaba qui est engagée dans la lutte depuis maintenant deux décennies.

Il rappelle que même si le cannabis et les amphétamines étaient les drogues les plus utilisées au Burkina, on note de nos jours un marché d’héroïne et de cocaïne dans certains milieux de la capitale Ouagadougou et dans certaines grandes villes.
Selon les conférenciers, il y a urgence à agir, ce d’autant plus que la drogue est un fléau transversal qui contribue à accroitre les comportements déviants, les criminalités de toutes sortes, les taux d’infections au SIDA et autres maladies contagieuses en milieu jeune. A titre d’exemple, en 2004 au Burkina Faso, selon les chiffres de l’Office des nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la moitié des consommateurs d’héroïne venus suivre un traitement médical étaient infectés au VIH/SIDA.
« L’absence de réponse conséquente, d’information adaptée, d’éducation et de soutien risque sérieusement d’aggraver la situation et il faut reconnaitre que la seule répression ne peut endiguer le fléau », a précisé Ousséni Touré.

C’est donc pour combler ce manque que l’ONG Sagle Taaba avec ses partenaires, initie une campagne de sensibilisation intégrée drogue, VIH/SIDA et les IST. Elle s’étendra du 5 avril à la fin juin. Il faut élever des barrières pour que les jeunes et les enfants ne touchent même pas à la drogue et autres stupéfiants. Contrairement à certains pays qui ont des plateaux techniques de haut niveau pour la prise en charge des toxicomanes, le Burkina n’a pas ces moyens. Du coup, « c’est la folie, ou mort pour ceux qui en consomment », prévient Ousséni Touré.

Cette initiative de l’ONG Sagle Taaba s’inscrit dans la perspective d’impliquer tous les acteurs dans la lutte contre les maux sociaux (La folie, le grand banditisme, l’échec scolaire, la recrudescence de la grande criminalité) liés à la consommation des drogues.

Des établissements scolaires, universités et grandes écoles seront visités à Ouagadougou, à Bobo et à Ouahigouya. Du cinéma et du théâtre forum, des conférences publiques, des dépistages du SIDA, des causeries éducatives sont entre autres activités qui sont prévues. A la fin de chaque session dans un établissement, un club sera créé et servira de continuité dans la sensibilisation sur la thématique.
Les conférenciers ont déploré le manque de partenaires dans la lutte contre le phénomène. Au regard de l’importance de la thématique de la campagne de sensibilisation, ils auraient voulu aller au-delà des trois villes, pour couvrir plus l’ensemble du territoire ; tant les jeunes ont soif d’informations pour ne pas glisser dans la consommation des stupéfiants

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

Messages

  • C’est inquiétant et dramatique cette deviance de notre société. Mais il faut de la volonté politique aussi bien pour la répression que pour le volet social en termes de prévention et de prise en charge. On doit que l’Afrique est le continent de l’avenir, mais quel avenir si nos enfants arrivent à l’âge adulte malades et drogués.
    J’espère que cette association sera entendue et soutenue ainsi que toute initiative dans ce sens. Nous sommes egalement tous responsables devant ce fléau en tant que parents.
    Il y a urgence...

    • Si l’on veut effectivement faire de la sensibilisation, il faut éviter les amalgames.
      Mettre dans le même panier toutes sortes de produits : "Drogue, alcool, tabac ou médicaments de rue sont devenus de véritables fléaux...", tous types de consommateurs : " les écoles et centres de formation du Burkina, sur les sites d’orpaillage et dans les quartiers populaires des grandes villes", toutes les déviances possibles : "La folie, le grand banditisme, l’échec scolaire, la recrudescence de la grande criminalité"... ne nous aidera pas a apporter un éclairage objectif sur la problématique, et nous fera tomber dans une forme de diabolisation aveugle qui ira à l’encontre des effets recherchés.

  • Bonjour ; tous nos encouragements à l’ONG sagle Taaba pour cette initiative combien louable ; je souhaite que cette ONG laisse un contact afin que les internautes qui souhaitent prendre attachent avec elle puisse le faire ; Il y a des personnes de bonnes volonté engagées dans le même combat avec des outils adaptés au milieu scolaire ; je souhaite qu’elle réagisse vivement en communiquant un contact . merci

  • Dans mon village, il n’y a plus un seul homme valide. l’alcool frelaté, les liqueurs et autres stupéfiants ont lamentablement détruit le village. l’exploitation anarchique de l’or a anarchiquement balayé les mœurs. IL NE RESTE PLUS RIEN A ESPERER SAUF ATTENDRE ET LES ENTERRER ONE BY ONE. EH Dieu pitié !!!!

  • S’agissant de Ouaga, c’est le "laisse-guidon" total ! Y a qu’à voir la prolifération de ces nids de consommation de drogue baptisés "maquis", dans l’indifférence totale (la complicite ?) du maire centrale et des prétendus " maires" d’arrondissements. Y en a qui ne s’animent qu’à partir de 22h ou 23 h. Pensez-vous alors que c’est pour consommer seulement de l’alcool ? Et qu’elle alcool ? Et voir quels types d’individus fréquentent ces nids ? Après on s’étonne que le banditisme grandit à Ouagadougou. Alors, question : ce pays est-il gouverné ?

    • Je valide ! Vous avez mis le doigt là où il faut. Cette prolifération anarchique de maquis à "Ouaga-les-milles-maquis", constitue un véritable danger et un sérieux problème de sécurité. Ils ouvrent n’importe où et n’importe comment, avec la bénédiction de conseillers et maires dealeurs, dont certains même animent es maquis, soit directement, soit à travers des prêtes-noms. C’est dans ces sinistres maquis que les bandits planifient leurs coups et vont opérer, après de bonnes doses d’alcool et drogue. Il faut mettre un terme à toute cette MERDE !!!!!!

  • Bravo à l’ONG Sagle Taaba pour cette initiative capitale sur le problème de la drogue dans notre pays : Pour lutter contre ce problème qui empoisonne notre société, il faut le concours de toutes et de tous pour un long terme. Car, le problème de la drogue dans le sahel qui est devenu la banque de réserve des terroristes complique, et dépasse donc l’horizon politique des décideurs de tous les pays comme le nôtre.

    Surtout que notre Pays qui était la plaque tournante de la drogue avec les amis Djihadistes de Blaise Compaoré, notre pays est devenu de nos jours une poudrière de cette drogue à cause de la complicité d’un introverti président qui, autrefois baignaient dans le trafic de tout genre dont Kossyam était un lieu d’échange avec les terroristes.

    Tant qu’on aura affaire à des dirigeants, "cadres" et autres décideurs, qui facilitent l’écoulement de la drogue, le problème perdura. Quand l’état mettra un effort derrière des ONG comme Sagle Taaba pour une lutte dit ensemble, nous y arriverons à un résultat positif. Bon combat l’ONG Sagle Taaba.

  • Drogue : « Au Burkina, c’est la folie ou la mort » Si ça pouvait être directement la mort même c’était mieux que la folie. J’en connais une mère de famille, une veuve qui en souffre avec deux de ses enfants sur 4 tous après 3 années d’université. Et le 3è aussi, pour lui ça été circoncit rapidement sinon... J’ai assisté la grand-mère dire un jour, parce que fatiguée de les chercher, et à pied, dire qu’elle va arrêter maintenant que c’est aussi des enfants d’autres qui sont assis sous les caïcédrats. Et effectivement, c’est 2 après qu’un a été retrouvé loin, très loin même à des centaines de km de leur ville résidente.

  • Bonne initiative, bonne chance à vous. C’est triste, très triste pour une grand-mère sous son regard impuissant de voir sa progéniture boire l’eau des toilettes de son voisin qui est devenue toute verte. J’ai eu la chaire de poule ce jour.

  • J’ai l’honneur d’être membre fondateur de Sagle Taaba. Je vis loin à présent et regrette de ne pouvoir me rendre plus utile.

    A tous qui me lisez sachez que Sagle Taaba fait un travail extraordinaire avec très peu de moyen et beaucoup de dévouement : c’est en effet dans les écoles, les sites miniers, les prisons, que la prévention à propos du danger de la consommation des drogues peut être utile.

    Je salue Ousseini et tous ses collaborateurs bénévoles pour la volonté, la générosité la lucidité de leur engagement face à une gangrène qui envenime la dignité de vivre ensemble non seulement le Burkina mais dans le monde entier.

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